Poésie
Posté : 26 déc. 2010 18:09
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Tout est affaire de décor Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c’est encore Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles Où j’ai cru trouver un pays.
Cœur léger cœur changeant cœur lourd Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes nuits Que faut-il faire de mes jours
Je n’avais amour ni demeure Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur Je m’endormais comme le bruit.
C’était un temps déraisonnable On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle C’était de n’y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent Et leurs baisers au loin les suivent
Dans le quartier Hohenzollern Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un cœur d’hirondelle Sur le canapé du bordel
Je venais m’allonger près d’elle Dans les hoquets du pianola.
Le ciel était gris de nuages Il y volait des oies sauvages Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.
Est-ce ainsi que les hommes vivent Et leurs baisers au loin les suivent.
Elle était brune elle était blanche Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faÏence Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence Qui n’en est jamais revenu.
Il est d’autres soldats en ville Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils Lola qui t’en iras bientôt
Encore un verre de liqueur Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton cœur Un dragon plongea son couteau
Est-ce ainsi que les hommes vivent Et leurs baisers au loin les suivent
Louis Aragon
J'ajoute un petit poème philosophique tibétain
S'il y a naissance, il y a mort.
S'il y a union, il y a séparation.
Dès le moment de la naissance, on est comme le torrent qui dévale la pente.
Tout est affaire de décor Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c’est encore Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles Où j’ai cru trouver un pays.
Cœur léger cœur changeant cœur lourd Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes nuits Que faut-il faire de mes jours
Je n’avais amour ni demeure Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur Je m’endormais comme le bruit.
C’était un temps déraisonnable On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle C’était de n’y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent Et leurs baisers au loin les suivent
Dans le quartier Hohenzollern Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un cœur d’hirondelle Sur le canapé du bordel
Je venais m’allonger près d’elle Dans les hoquets du pianola.
Le ciel était gris de nuages Il y volait des oies sauvages Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.
Est-ce ainsi que les hommes vivent Et leurs baisers au loin les suivent.
Elle était brune elle était blanche Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faÏence Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence Qui n’en est jamais revenu.
Il est d’autres soldats en ville Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils Lola qui t’en iras bientôt
Encore un verre de liqueur Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton cœur Un dragon plongea son couteau
Est-ce ainsi que les hommes vivent Et leurs baisers au loin les suivent
Louis Aragon
J'ajoute un petit poème philosophique tibétain
S'il y a naissance, il y a mort.
S'il y a union, il y a séparation.
Dès le moment de la naissance, on est comme le torrent qui dévale la pente.